"Let's create this burning piano"

De la fureur, des tripes, de l'hystérie.

26 janvier 2008

Désaccordée

Réception. Le piano trône, sombre dans un coin du demi-salon, à des mètres de distance des consciences, à des années d’oubli de mes doigts. Quand les amphitryons me convient au face à face, après des piges d’occultation de sa dureté. Une fois, deux fois, trois fois, il le faut : exécution des maîtres. Je massacre, on applaudie avec sincérité. Un fossé.

Debussy pour analepse.

Audition. Noyée dans les portées j’en oublie les visages. Quand j’ouvre les yeux il n’y a plus rien : je flanche. Dix doigts retiennent les portées, mon égide à ma droite me soutient du regard. Je respire du même souffle, portés tous deux par l'impérieuse distillation de cet abstrait, et devant des centaines de regards qui n’ont rien vu, hypnotisés par l'insaisissable, il n'y eut qu'un témoin de mon ravissement, un complice pour comprendre le charme. Je salue, pivote un instant vers mon ombre qui cligne puis disparaît, me laissant responsable de l’envoûtement sonore collectif dont je ne garderai pourtant que le silencieux artifice.

Je n’estime de la vie que ces fugues.

Posté par cassie_l à 22:54 - Permalien [#]